vide de sens, vide de sentiment...
ça y est,on va enfin être tranquille avec ce mois de mai et ses jours fériés…je ne les supporte vraiment pas tant ils me rappellent ce vide en moi…demain la vie reprend…et même si je reste emprisonnée dans quotidien ritualisé, j’ai besoin qu’il y ait la vie autour de moi…même si je mets un écran protecteur entre cette vie, cette animation et moi-même, j’ai besoin de sentir que les autres sont en vie, ainsi j’ai l’impression de vivre un peu de leur vie…cette vie que je me refuse obstinément…vous me dites qu’il y a une vie pour moi, que je la mérite, oui je vous crois seulement il y a aussi cet obstacle que je suis seule à percevoir, à ressentir et qui m’empêche de saisir et qui m’enferme dans cette solitude à laquelle j’ai fini par me faire et m’adapter, j’y trouve même un certain plaisir sans doute malsain, sans doute lié à l’idée qu’il me protége…mais je préfère qu’il en soit ainsi que de revenir à la dépendance,au besoin de la présence de l’autre, ma mére,notamment…petite je ne supportais pas d’être seule et pourtant je l’étais souvent, mes parents travaillaient et ma sœur beaucoup plus âgée revenait plus tard que moi…ça m’a appris à être autonome d’un certain côté, mais à quel prix, celui de l’insécurité et la quête avide de l’autre.je rentrais souvent de l’école toute seule,et je crois que ce sont là que les premiers tocs et rituels sont apparus,il fallait que je compte, que je pense à certaines choses pour me protéger d’une mauvaise rencontre.aussi étrange que ça puisse paraître, je n’avais pas peur de rencontrer un vilain pervers ou kidnappeur d’enfant…non car j’avais l’intime conviction qu’il aurait peur en me voyant tellement j’étais repoussante physiquement…non mon truc, c’était les animaux et quand on habite en pleine campagne,on a bien plus de risque de rencontrer un animal qu’un homme…quand l’heure de la sortie approchait, je commençais à sentir l’angoisse monter et les idées obsessionnelles se mettaient en place, ces 10 minutes qui me séparait de la maison me semblaient toujours interminables, il y avait des chiens à presque toutes les maisons,des poules, des moutons,des vaches,des oies,des boucs,un corbeau,des canards,des chèvres…et le pire restant les chevaux qui s’échappaient de leur parc…alors je comptais, je pensais,je me racontais des histoires que je pensais protectrices…quand enfin j’arrivais à la maison,soulagée,la peur qu’il y ait un voleur prenait le pas,je traquais le moindre bruit dans la maison par peur qu’il fasse irruption…maintenant,je fais un lien entre le fait d’égarer aussi souvent la clé de la maison pourtant pendue à mon cou et ces peurs…c’était l’occasion toute légitime de trouver refuge chez les voisins… c’était risqué,certes, s’ils n’étaient pas là, je me retrouvais dehors jusqu’au retour de ma sœur ou ma mère…quand je repense à ces moments,je me rends compte à quel point je vivais dans l’insécurité permanente : seule prisonnière de mes peurs…je comprends maintenant pourquoi j’avais ce besoin de me réfugier dans l’irréel,la pensée magique…et quand enfin ma mère arrivait,il fallait que tout soit parfait,et à nouveau,je partais dans l’irréel : tout s’était bien passé à l’école,j’avais bien joué avec mes multiples copains, le maître avait plaisanté avec moi…tout était bien rôdé et fonctionnait à merveille même si la réalité était tout autre ma mère semblait y croire…sans doute que tout fonctionnait trop bien dans l’illusion…enfance heureuse en apparence aux yeux des autres :une petite fille qui avait tout pour elle…enfance faite de peurs à l’intérieur…une petite fille qui avait déjà trop déçu en naissant et qui ne voulait plus décevoir…