08 juin 2009
tourner la page, enfin, si seulement...
Et puis tourner la page…
Face aux ravages du passé, il me faudrait pouvoir tourner la page. Passer à autre chose. Tourner une page, changer le cours des choses. Mais je reste tiraillée par la peur. Tous ces mois passés à lutter, tenir dans l’espoir que les tensions et conflits s’apaisent et puis soudain un pour quoi apparaît fatalement. Et avec lui, l’envie de tout envoyer valser. Tu ne vas pas réduire à néant tous ces efforts, si prés du but. Pas facile de se convaincre, que la fatalité n’est pas toujours fatale, que les choses ne sont pas inscrites et se répètent inlassablement car moi, je me lasse de leur répétition, il faut toujours lutter, toujours rester vigilante. Et puis soudain un pour quoi vient balayer toutes mes convictions…
Seule face à moi-même mais comment ai-je pu en arriver là ? Et surtout comment tourner la page, le passé ne changera pas, je ne changerai ni les gens ni les événements mais j’aimerais que ma vie change…Beaucoup de monde autour de moi et pourtant j’éprouve un sentiment de solitude si fort, si aliénant. Seule face à moi-même, j’ai peur de me perdre et de repartir là où je me suis toujours réfugiée : dans le vide, seul réconfort face aux agressions extérieures. Cette fois devrait être la dernière, si seulement mon corps me laissait un peu en paix, si seulement mon corps se taisait un peu.
La sortie approche et pourtant je ne me suis jamais sentie aussi fragile : j’aimerais parvenir à tourner cette page mais je reste tiraillée par la peur que la suivante reste blanche. Tourner la page sur les ravages des principes et des idées maternelles. Et si seulement, je pouvais déchirer cette page comme si ça n’était qu’un brouillon mais voilà, la réalité est là.
Et dire que j’ai mis plus de 30ans avant de me rendre compte que ce que je vivais n’était pas vivable. Pendant toutes ces années, je me suis laissée faire, je l’ai laissée faire. Aujourd’hui, la petite fille que je n’ai jamais su protéger hurle en moi en silence martèle ce corps dans lequel elle n’a pas pu grandir. Cette petite fille que je retrouve sur les photos, un regard qui m’interpelle. Cette petite fille que j’ai continué à maltraiter me persécute aujourd’hui. "Elle" n’avait pas le droit mais je n’avais pas plus le droit. Et pourtant je n’ai fait que perpétrer silencieusement, insidieusement ses idées et ses principes. Aujourd’hui j’aimerais me rebeller, expulser la colère qui tape si fort à l’intérieur de moi-même que tout mon corps en souffre mais j’ai le sentiment que c’est trop tard, la tempête est passée, le calme n’est pas revenu, il ne reviendra pas. Et pourtant je m’efforce de croire qu’un jour, je vivrai en paix avec moi-même, avec cette petite fille qui me pardonnera de ne pas avoir su la préserver. "Elle" a toujours voulu me faire croire que j’avais choisi de vivre cette vie ici et maintenant dans cette famille-là avec cette mère-là et que puisque je l’avais choisi, je n’avais pas à me plaindre. "Elle" ne s’est jamais interrogée sur elle-même, elle a toujours pensé bien faire. "Elle, elle" n’a pas choisi cette fille-là. Face à mon renfermement, face à mon silence, elle n’a jamais voulu voir autre chose que sa souffrance infantile. Et "elle, elle" n’a pas choisi de vivre cette vie-là, ici et maintenant dans cette famille-là avec cette mère et cette fille-là… Non, "elle, elle" était victime, elle ne pouvait se défendre face à une mère tyrannique. "Elle, elle" a voulu faire autrement pour "elle" pas pour moi. Tantôt enfant réparateur, tantôt enfant révélateur d’une enfance maternelle malheureuse, je me demande si un jour, j’ai pu être autre chose qu’une marionnette entre ses mains. Et dire que j’étais tout pour "elle" mais si peu pour moi. Aujourd’hui, je réalise que je me suis laissée faire sans réagir, j’aurais quand même pu m’en rendre compte plus tôt. Il me semble tellement décalé de n’en prendre conscience qu’aujourd’hui si soudainement après plus de 30 ans de bons et loyaux services. Pour autant, ce n’est pas à "elle" que j’aimerais pardonner mais à moi-même. "Elle, elle" ne changera pas, elle sera toujours aussi destructrice dans mon esprit si je ne parviens pas à mettre une distance affective suffisamment importante pour ne plus me laisser atteindre alors même qu’elle n’est pas présente physiquement. "Elle" m’a pourri la vie avec ses idées loufoques, ses principes délirants, ses idées farfelues. Il faut que je tourne cette page. La petite fille que j’étais a droit à autre chose même si rien ne sera jamais plus pareil même si la petite fille semble inconsolable, il faut que j’essaie de rattraper un peu du temps perdu, lui construire une existence et une identité propres, lui rendre un peu bonheur, la nourrir de joie de vivre.
L’anorexie n’a fait que prendre le relais d’une relation maternelle destructrice tout en me donnant l’illusion d’y trouver une échappatoire. Mais voilà, je ne vais pas reproduire le même schéma qu’ "elle" en ne voulant pas voir l’état dans lequel m’a mise l’anorexie. C’est sans doute à moi-même que je devrais pardonner d’avoir maltraiter ce corps, de l’avoir pris pour cible, médiateur du malaise, du mal-être, de la détresse, de la tristesse de toute une enfance. Il n’y est pour rien, lui. Il se venge pourtant en exprimant aujourd’hui toutes les douleurs et souffrances qu’il a subies et que j’ai refoulé. Il me faudrait sans doute pour guérir un jour aller à la rencontre de ce corps et le faire mien. Ca peut sembler si facile de l’extérieur mais si compliqué quand depuis toujours il a été le lieu de tous les conflits et toutes les tensions d’une angoisse, d’une révolte, d’une détresse maternelle réprimée. Et finalement qu’il s’agisse d’ "elle" ou de l’anorexie, c’est un même combat contre la destruction identitaire. Si ce n’est pas la première fois que je mène ces combats, c’est pourtant la première fois que je les mène de front l’un et l’autre l’un avec l’autre, c’est la première fois que je mène le même combat contre "elleS". La première étape franchie, je doute d’avoir encore suffisamment de force et persévérance pour passer à la suivante. Et pourtant, il le faudra bien. Si seulement avec la sortie se profilait une autre sortie. Si seulement je profitais de ma sortie pour prendre ma revanche sur "elles". Il faudrait pour ça que mon corps se taise un temps soit peu, me libérer l’esprit de toutes ses tensions. Accepter ce corps comme le mien, accepter de prendre soin de ce corps, de mon corps, le laisser vivre au lieu de le réprimer. Ce serait une arme supplémentaire pour affronter la vie, une arme qui tomberait si justement dans un moment où je ne me suis jamais aussi sentie désarmée. Seuls quelques stigmates de l’anorexie appellent à prendre soin de la petite chose fragile que j’incarne à merveille, bien trop, trop bien.
La dernière étape sera sans doute celle de l’appropriation de mon corps comme étant le mien avec ses formes, ni trop ni trop peu, un retour à la normalité physique après les deux extrêmes d’une anormalité. Il n’y a sans doute pas d’autre solution que de la patience, de la persévérance et du temps. Après neuf mois de "jouvence"-chiffre symbolique comme je les surinvestis-, j’aimerais sortir et entrer pour de vrai dans la vraie vie, plus de maladie, juste une petite fragilité qui avec le temps finira par s’estomper…Vue idéaliste, idéalisée, utopique d’un nouveau départ mais peut-être pas tant que ça et si c’était vrai que les vilains petits canards finissent par devenir de jolis cygnes, si c’était vrai…
Merci à toute une équipe : Céline-une diét comme on n’en a jamais vu, Marie- une psy des plus empathiques, M. C.- un psy pas trop "-chiatre", Anne-Lise- aux débuts si difficiles, Fanny- toujours le bon mot au bon moment, c’est tout un art, Monsieur "Kilo" –ici ou ailleurs vous m’avez poussée dans mes derniers retranchements à m’ouvrir, vous avez réussi à trouver la faille de ma confiance et je crois avoir gagner la vôtre, Héléne- l’espoir en personne…merci pour votre patience, merci pour votre travail, merci pour votre constance, merci pour vos paroles et attentions si précieuses quand tout semble vous échapper, il est tellement rassurant de pouvoir s’y raccrocher…Merci de me tenir la main quand elle tremble et ne parvient pas à tourner la page pour écrire une nouvelle histoire…
et puis merci les filles, Marylin et Delphine, pour votre soutien, votre compréhension, compagnes de galéres, j'espére un jour que nous serons compagnes de bonheur...pleines d'espoir....
Commentaires
Tout simplement très entourée ...
Ma chère Raphaele,
Je n'ai pas le temps de lire ton post en entier pour l'instant mais saches que OUI, tu es entourée, beaucoup de monde t'aime ... on t'entoure du mieux que l'on peut ... famille, amis. Mais je comprends cette solitude que tu ressens, et c'est très difficile, troublant. Sois forte ma belle, tu mérites de tourner cette page et tu verras, la suivante ne sera pas blanche, ni noire, mais belle ... comme tu l'as toujours mérité.
Je t'embrasse.
Affectueusement.
Lucie
Coucou Raphaele,
Je te fais de gros bisous, je suis toujours avec toi. Il te manque juste un peu de force et de confiance en toi pour faire les premiers pas. Ne te laisse pas déstabilisée par ta sortie. Tu seras forcément mois entourée, donc il faut que tu trouves des choses à faire et qui te plaisent pour t'occuper. L'été arrive...
Je t'avais dit que je ne travaillais plus en piges mais à plein temps... Je saurai fin juin si mon CDD est converti en CDI. Mais j'appréhende un peu de passer les journées de beau temps enfermée.
D'un autre côté, c'était déjà ça avant pour avoir un salaire décent sauf que j'étais enfermée chez moi... A présent, j'ai les WE.
Gros gros bisous
Audrey
Bonjour,
Cela fait longtemps que je ne suis pas revenue sur ton blog. En reparcourant les lignes, je suis étonnée de la non présence actuelle de tes amies, entre autre marie-aurore. j'espère que tu es toujours entourée, je pense que cela est toujours utile. Bon courage, tu en as
Lucie, mille mercis à toi, j'aimerais qu'on trouve le temps de se voir...je l'aimerais vraiment mais voila mes crises d'angoisse me tétanisent et m'empêchent de prévoir quoique ce soit sans paniquer par peur de ne pas être bien au moment donné...mais tu sais ce n'est pas tant la solitude qui me pése que le fait de me trouver faceà moi-même, ne pouvant plus nier la réalité et devant dorénavant composer avec au lieu de fuir et me fuir...on m'a appris que ça ne servait à rien, je le sais maintenant et je ne peux plus faire comme si je l'ignorais...
de passage...sans commentaire...je ne vois pas l'intérêt...chacun est libre de venir et d'aller su ses pages nul n'est tenu d'y écrire pour témoigner de son existence, de son soutien...tout ça se situe bien ailleurs que dans l'écrit...
audrey: moi non plus je ne t'oublie pas mais de silence en silence je finis par ne plus oser...je ne sais même pas ce qu'a donné la proposition de ton article...j'ai honte...promis je te donnerai et prendrai plus souvent de tes nouvelles, j'espére que tu obtiendras ton cdi c'est trop rare en ces temps...et ne t'inquiéte pas je n'apréhende pas la sortie, je ne l'apréhende plus bien au contraire...j'ai hate...sortir de ce monde-là et rejoindre celui du vivant...c'est un peu ça la vie...
je ne serai effectivement que de passage et n'y reviendrai plus. Car il est bien une constante chez toi lorsqu'on relit tes propos : tu réagis de manière épidermique aux propos qui ne te caressent pas dans le sens du poil... si c'est ainsi que tu qualifies la liberté d'échange, heureusement que l'on ne trouve pas cela sur les autres blogs , ....terrifiant
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